Assemblée primaire du mercredi 13 juin 2018

15 juin 2018

Assemblée sous haute tension, quid de notre avenir électrique !

 

Désolé, je n’ai pas pu résister à cette facétie dans l'intitulé, je sais c’est puéril et enfantin de ma part… mais on ne se refait pas à presque cinquante ans !

Non, je vous rassure cette assemblée s’est bien déroulée. Les interventions ont démontré, s’il le fallait, le souci partagé par un certain nombre de concitoyens sur le sujet, et le Conseil, notamment, par son Président, a très bien mené cette assemblée, et a pris note, avec humilité, des différents griefs d’une population fortement divisée.

Que faut-il donc retenir de ce dossier « DransGrid+ SA » ?

Après plus d’une dizaine d’heures consacrées au sujet - en séances, téléphones, analyses de données, etc… - je dois avouer n’être toujours pas en mesure de prendre une décision sur le fait de transférer nos actifs dans une Société Anonyme ou pas. La décision du Conseil - de remettre le vote de cet objet – était, dès lors, plus que justifiée et saluée par un grand nombre.

Le problème de fond n’ayant pas disparu, suite à l’information donnée en assemblée primaire, alors qu’en est-il, maintenant ?

A partir de cet instant, je vous fais part d’une analyse strictement personnelle du dossier, et ne prétends pas avoir tout compris… ou détenir la vérité.

Trois aspects, me semble-t-il, méritent une pesée d’intérêt :

  • La vente de nos actifs dans une SA, ou le maintien de ceux-ci sous gestion (fermage)
  • Les partenaires composants la SA, si vente
  • La sauvegarde d’emplois dans notre commune

Personne ne remet en cause la nécessité de regrouper les réseaux de distribution, afin de faire face aux défis que nous réservent Energie 2050, ainsi que, la libération du marché électrique, d’ores et déjà, programmée. Maintenant, la question - devons-nous vendre ou transférer nos actifs dans une SA pour relever ces défis - reste entièrement ouverte. D’aucuns pensent, qu’il faudrait donner la gestion de notre réseau à des professionnels ; dans notre cas : par le transfert de nos actifs à DransGrid, alors que d’autres, à contrario, pensent qu’il vaudrait mieux s’allier entre communes, et développer ces compétences en interne. D’ailleurs, il en existe déjà (SEDRE, Synergie,..) Il a, toutefois, été relevé que de passer d’un réseau de 24 GWatts à 30 GW, avec les apports de Liddes et Bg-St-Pierre, n’allait pas solutionner la problématique ; étant donné que la taille critique d’un GRD (réseau de distribution) devrait se situer au-delà de 600 GWatts. Donc, notre réseau regroupé ou pas est, de facto, entre 20 et 30 fois trop petit pour faire face à ces défis.

Le deuxième aspect est celui des partenaires de la SA ; Orsières, Liddes, Bg-St-Pierre, Dransenergie et Romande Energie. Je pense qu’un des soucis du groupement de citoyens opposés à cette vente est une défiance envers ce partenaire venu de l’extérieur du canton ! Romande Energie a de nombreux intérêts dans notre région, la gestion du barrage des Toules, le turbinage des eaux du Valsorey, et la future centrale solaire sur le susdit barrage. Le retour de concession de 2027 est donc pour Romande Energie un enjeu crucial, et le fait, d’être partenaire dans la nouvelle SA revêt un positionnement stratégique, indéniable et privilégié, pour leur avenir dans notre vallée. La question de fond de ce 13 juin devenant ; devons-nous vendre nos actifs à DransGrid et, par conséquent, donner la gestion technique (asset management, calcul du timbre, etc…) à Romande Energie ? Pour certains, la réponse est oui, car c’est un partenaire fiable, qui en a les compétences avec un capital pesant 1.5 milliard, donc, de surcroît, solide financièrement, et pour d’autres, c’est la perte totale de notre autonomie énergétique. Quelle est la part émotionnelle ou rationnelle dans tout ceci ? Je ne puis y répondre à ce stade, et ceci mérite encore réflexion.

Dernier volet, celui des emplois de Dransenergie. Je ne pense pas qu’il s’agisse, ici, d’une croisade menée contre Dransenergie, comme je l’ai entendu. Ce n’est en tout cas pas comme ça que je l’ai perçue. Le 90 % du personnel de Dransernergie travaille à la production d’électricité, et j’ose espérer que suite à la construction de la nouvelle conduite nous n’allons pas arrêter de produire demain matin. Ces emplois ne me paraissent en aucun cas menacés, quel que soit le modèle d’affaire retenu. Par contre, les 3 ou 4 postes plein temps dédiés à l’entretien du réseau doivent requérir toute notre attention. Il est, dès lors, normal que les Présidents de communes y soient particulièrement attentifs, et y mettent un point d’honneur dans le modèle retenu afin de préserver ces emplois sur sol communal. Est-ce que la solution DransGrid+ protègerait plus ces emplois qu’un regroupement de collectif de communes ? Honnêtement celui qui peut l’affirmer, à ce stade, est un devin. D’autre part, je vois mal un collectif de commune licencier tout son personnel pour sous-traiter ces tâches en externes. La solution mérite donc d’être approfondie.

Dernier point que j’aimerais aborder ; celui du volet financier. Nous avons reçu les informations que la commune recevrait, en retour, un certain nombre de millions pour la vente de son réseau. Jusque-là, rien d’anormal à ce que l’on récupère en argent une partie de la vente. Mais ne soyons pas naïf, comme la commune reste actionnaire de la SA et comme, en finance rien ne se perd tout se transforme, DransGrid devra réaliser un emprunt pour payer les partenaires, dont notre commune. Au final cela ne changera rien pour le consommateur. Le trou que l’on bouche, d’un côté, par l’apport d’argent emprunté, devra de toute évidence être remboursé de l’autre… Il n’y a, donc, indubitablement pas de miracle à attendre du côté comptable. Le dividende annuel, redistribué à la commune, estimé à Fr. 380'000.-, provient, lui, principalement, selon mon analyse, du retour du WAAC (subvention allouée au distributeur d’électricité au prorata de son volume). Alors en définitive, que nous le percevions en subvention directe comme propriétaire du réseau, ou en dividende comme actionnaire, là, non plus, pas d’argent tombé du ciel, dans les deux cas nous y avons droit d’une manière ou d’une autre.

En conclusion, me retrouvant au final avec plus d’interrogations que de certitudes, je salue la décision prise par le Conseil de reporter ce vote afin de réanalyser le dossier. Car si nous devions nous marier, ne faudrait-il pas en savoir un peu plus sur les intentions de la mariée, soit Romande Energie, et d’autre part, vu l’importance du sujet, ne vaudrait-il pas la peine d’analyser d’autres pistes ; comme l’opportunité d’un regroupement de communes propriétaires ?

Le Conseil l’a promis, toutes les pistes seront analysées de manière indépendante. Je n’ai du reste aucun doute sur ses bonnes résolutions. Le Conseil mérite, dès lors, toute notre confiance et saura, j’en suis certain, prendre toutes les précautions pour lever les doutes sur le sujet. Rendez-vous pris pour la prochaine étape.

Bien Amicalement

Votre Président

Michel Cretton

PS : je ne voudrais pas occulter les autres points à l'ordre du jour, notamment celui des comptes municipaux 2017, qui sont excellents, laissant apparaître un excédent de Fr. 702.- par habitant, conséquence d'une très bonne gestion du denier public. Un grand merci au Conseil pour sa rigueur budgetaire.

4 commentaires

  • Posté par : Michel Date : 17/06/2018 - 11:43

    Précisons encore que nous nous trouvons ici dans un marché dit "monopolistique" ; - d'un point de vue de l'approvisionnement de l'énergie, car les consommateurs sont captifs - et d'un point de vue de la distribution qui est un monopole dit "naturel" (= pas le choix de la ligne électrique qui vous amène le courant). Dans de tel cas, le législateur a le devoir de mettre en place un système de contrôle, ce qui se traduit à l'échelle de l'Etat par l'ELCOM (= gendarme du prix de l'électricité) et à l'échelle de nos municipalités, ce qui pourrait se traduire par la mise en place d'un organe de contrôle (ou asset management) à l'avantage du consommateur, qui doit être "protégé" du point de vue de la législation car, l'entreprise, privée ou en main public, bénéficie déjà de sa position dominante. C'est tout du moins la définition qui me reste de mes cours d'économie.

  • Posté par : Le Webmaster Date : 16/06/2018 - 19:18

    Précisons : l'asset manager a deux missions principales :
    - Conseiller et assister le Conseil d'Administration sur la stratégie et les besoins de l'entreprise
    - Contrôler que les décisions prisent par le CA soient correctement appliquées par la Direction de l'entreprise.
    Le choix de l'asset manager revêt donc une grande importance, notamment lorsque le CA n'est pas composé de personne du métier, car c'est lui, en tant que professionnel de la branche, qui va systématiquement donner son avis d'expert au CA.

  • Posté par : Michel Date : 16/06/2018 - 17:59

    (Aujourd'hui)
    - Michel, j'ai quelque chose à te dire concernant l'article que tu as écrit sur le blog, t'as deux minutes, ça concerne l'asset management dans ce dossier.
    - Oui, vas-y je t'écoute
    - tu trouves normal que l'actionnaire principal d'une société nomme comme "asset manager" l'actionnaire minoritaire ? Pour la défense de ses intérêts y a peut-être mieux à faire que de donner le contrôle de la boîte à l'actionnaire minoritaire, non ? Il va défendre, à coup sûr, ses intérêts avant les tiens…
    - deuxièmement tu donnerais toi le contrôle de la maîtrise voire de la diminution des coûts à quelqu'un qui n'a, à priori, aucun intérêt à les abaisser ?
    - Euh, non, comprends pas, explique
    - le travail d'un asset manager est clairement de décider ce qui est nécessaire ou pas de réaliser comme entretien sur une ligne de transport ou sur un outil de production et ceci afin d'en contrôler le coût. Si on prend pour ça une entreprise qui a des intérêts contradictoires, ça te parait logique !
    - Non effectivement vu sous cet angle-là pas vraiment
    - L'asset manager devrait avant tout défendre les intérêts du consommateur-citoyen et là, on a tout faut.
    - ah! et c'est quoi ta solution ?
    - Un asset qui n'est ni producteur, ni distributeur. Pas d'intérêt non plus dans la boîte, complètement neutre.
    - Et ça existe ça, des gens complètement neutres ?
    - Oui bien sûr, et c'est le seul moyen de prendre en compte l'intérêt du consommateur avant tout le reste. Bon, je te laisse faire passer le message sur votre blog.
    - Salut et merci pour ta remarque, tu signes ?
    - Non, tu vois pourquoi...
    - Ok je comprends, je relaie l'info

  • Posté par : Michel Date : 15/06/2018 - 10:07

    Pour être précis, je tiens à rajouter dans le volet financier; qu'un retour de dividende peut être utilisé dans le ménage commun communal, alors qu'un retour du WAAC doit être utilisé pour le compte du service électrique.
    Bonne lecture et n'hésitez pas à poster vos commentaires comme vous en avez pris l'habitude.

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