L'excès d'initiaves populaires tue la démocratie suisse

12 mai 2016

Titrait le Temps le 18 novembre 2015, article rédigé par Michel Barde que je vous recommande.

https://www.letemps.ch/opinions/2015/11/18/exces-initiatives-populaires-tue-democratie-suisse

 

A l’heure où j’écris ces lignes, je viens, comme tout un chacun, de recevoir l’enveloppe contenant les 5 objets soumis à votation fédérale de juin prochain…

Pour voter, de citoyen lambda, je dois me transformer en spécialiste de TOUT ; droit, économie, finance, sociologie, éthologie, biologie, physique… spécialiste de et en tout !
Après quelques lectures de courriers des lecteurs du Nouvelliste, une vision rapide d’Infrarouge, un petit tour sur le site de mon parti préféré pour voir ce qu’ils en disent et, pour terminer, la lecture de la dernière page du cahier de vote afin de prendre connaissance des recommandations du Conseil Fédéral et du Parlement. Après tout ceci, donc, me voici paré pour poser mon diagnostique…

Le principe de la démocratie directe ne doit pas être remis en question, car, il est avant tout gage de stabilité de notre système politique. Il suffit pour s’en convaincre d’observer ce qui se passe, dans les pays voisins, où à chaque décision gouvernementale, décision venant de droite comme de gauche du reste, une partie de la population descend dans la rue pour faire entendre son mécontentement. Notre système a ceci d’intéressant qu’en donnant un véritable pouvoir à chaque citoyen, celui-ci n’a pas besoin de bloquer la moitié des villes du pays et de notre économie pour que sa voix soit prise en compte.

Mais comme tout système, celui-ci à ses limites, et il semblerait que nous les ayons atteintes de par le nombre d’initiatives, trop de démocratie nuit à la démocratie, et de par les sujets toujours plus extrêmes et présentés, il faut l’avouer, de façon provocatrice insistant sur le côté émotionnel plutôt que rationnel.

Lors de ces dernières années, la stabilité que conférait, à la rue, notre système est, aujourd’hui, à mettre en regard avec l’insécurité qu’elle engendre au niveau économique et juridique. (Droit de succession, Salaires minimaux, Forfaits fiscaux, Libre circulation, LAT, Lex Weber, etc…)
De plus, des initiatives s’arrogent même le droit de la rétroactivité, pratique prohibée en droit !

Ce qui fait dire à certains intellectuels que le droit à l’initiative populaire a connu une dérive démagogique durant ces 15 dernières années, à voir aussi sur le temps :
http://www.letemps.ch/suisse/2015/04/07/cinq-cles-reformer-initiative-populaire
Je partage du reste assez cet avis, car, sous l’impulsion de grands partis se disant gouvernementaux, les initiatives sont devenues de véritables armes de propagande électorale.

D’autre part, le nombre de 100'000 signatures instaurées en 1978 n’a plus évolué depuis, alors que la population, elle, n’a cessé de croître et que, par les moyens de l’internet, la récolte devient aussi plus aisée !
Cinq propositions sont relatées dans l’article du Temps ci-dessus, dont celle d’augmenter le nombre de signatures à 4 % des électeurs, ce qui représenterait 210'200 signatures requises en 2016 contre 100'000 en vigueur.

Pour ma part, il me semble essentiel de garder notre système donnant le dernier mot au peuple, mais il faut clairement le rendre plus restrictif au niveau du nombre d’objets. Chaque 3 ou 4 ans, la gauche et l’UDC reviennent avec les mêmes thématiques ; la caisse unique, les salaires minimaux, les congés payés, les étrangers, etc… et à chaque fois on recommence les mêmes théories !
Cela finit par en devenir lassant et c’est bien dommage, notamment pour tous ceux et celles qui ne partagent pas leurs idéaux. Notre démocratie directe vaut bien mieux que ces sempiternels combats idéologiques entre la gauche et la droite. De plus, 15 à 20 objets soumis en votations par année est trop pour réellement pouvoir s’intéresser correctement à tous les sujets.

La réforme de notre système mériterait dès lors d’être engagée. L’année passée, il semblait que le Parlement voulait s’attaquer à cette problématique, mais voilà, ce n’est pas très glamour comme sujet et malheureusement le soufflé est retombé assez rapidement.

Alors à quand le prochain séisme politique comme au soir du 09 février 2014 pour la Suisse et du 11 mars 2012 pour le Valais ?

L’art de la politique n’est-il pas d’anticiper les problèmes ?

Rédigé par : Cretton Michel
Président PLR Orsières

3 commentaires

  • Posté par : Michel Date : 16/05/2016 - 16:54

    Cher GL,
    Merci pour votre commentaire, nous allons revenir sur le RBI tout prochainement, mais selon moi cette mesure n'apportera malheureusement rien du tout et sera en moins de deux ans déjà rattrapé par l'inflation qu'elle va générer. La seule chose positive serait dans un premier temps une relance de la consommation, mais très rapidement nous devrions perdre en compétitivité, car salaires déjà les plus haut d'Europe, et nous devrions augmenter nos coûts de production ~ 20 % pour payer cette mesure. Donc pas de miracle à attendre du RBI... on est déjà trop cher partout !!!
    Merci encore pour avoir donner votre avis. Tous vos avis nous intéressent.

  • Posté par : GL Date : 15/05/2016 - 13:46

    Soit, mais le RBI n'est-il pas un excellente moyen de gommer les inégalités sociales ?

  • Posté par : JC Date : 13/05/2016 - 07:42

    Quand on voit que l'initiative pour un revenu de base inconditionnel a obtenu ses 100'000 signatures, il est vrai que le doute est permis... si l'on trouve 100'000 farfelus pour signer une telle aberration, alors peut-être faudrait-il augmenter le nombre de signatures.

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